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Dans La Voleuse de livres, la Mort dit nous raconter l’histoire d’une petite fille. Mais ne croyez-vous pas qu’un des messages du roman – au-delà de l’histoire – est la façon dont l’amour et la bonté peuvent avoir une sorte de pouvoir sur la mort ?

Je me suis essentiellement concentré sur le fait que l’homme porte en soi à la fois une grande beauté et une grande monstruosité, et tout notre combat est de faire émerger la beauté dont on est détenteur. Je crois, comme le dit le vieil adage, que la mort donne à la vie tout son prix. Savoir que nous ne sommes pas ici pour toujours nous fait apprécier les choses et ce sont souvent les démonstrations de bonté et d’amour qui, à la fin, nous définissent.

Aux Etats-Unis, le livre est sorti en édition jeunes adultes. Pensez-vous qu’il y ait une différence entre un livre pour adolescents et un roman pour adultes ?

Chez moi j’ai des centaines de livres. Tout en haut de l’étagère, j’y ai mis mes livres préférés – les livres que j’adore et le genre de livres que j’essaie d’écrire quand je suis à ma table de travail. Pour cette raison, je trouve les catégorisations « livres pour adolescents » / « livres pour adultes » non pertinentes. Personne ne dit jamais : « J’adore votre comédie de science-fiction pour la jeunesse » mais plutôt : « j’adore votre livre », et c’est ce que je cherche.

Parlez-nous du personnage de la Mort.

Je voulais que la Mort soit à la fois différente et semblable à nous. Je voulais que la Mort fasse partie des grands éléments, au même titre que le ciel, les nuages, les arbres. Je voulais aussi qu’elle soit vulnérable. Elle a beaucoup de points communs avec les hommes, notamment leur face sombre. Une fois, je l’ai décrite effrayée par les hommes, je sais que j’avais le ton juste, bien que ce renversement de situation soit inattendu : pour une fois, c’est la Mort qui avait peur des hommes et non pas, comme c’est souvent le cas, l’inverse.

Que pouvez-vous nous dire au sujet de L’homme qui se penchait, le livre écrit par l’un des protagonistes de votre roman, Max, l’ami juif de Liesel ? Ce devait être le livre de quelqu’un qui n’est pas écrivain. Trudy White a fait les illustrations. Sur les 20 pages, nous en avons gardé une douzaine. J’ai coupé aussi beaucoup de texte pour donner toute leur force évocatrice aux images. L’un des moments les plus importants est Mein Kampf disparaissant à travers les pages, lorsque Max utilise un vieil exemplaire dont il repeint les pages en blanc et sur lequel il écrira sa propre histoire. C’était une idée que j’avais eue très tôt, et Trudy a eu la même idée un peu plus tard. Montrer que les mots ont un pouvoir et que chacun d’entre nous a le pouvoir de réécrire l’histoire dans toute sa monstruosité pour en faire une belle histoire.

Est-ce que l’idée de la Mort comme élément comique vous est venue tout de suite ?

La Mort utilise l’humour pour se protéger et se tenir à distance. Son problème est qu’elle devient vite obsédée par Liesel.

Liesel aime Max parce qu’elle comprend qu’ils ont des points communs et que ces ressemblances sont plus fortes que leurs différences de culture ou de religion.

Je n’ai jamais parlé de ce genre de choses en public. En revanche, si on en trouve des échos dans le livre, je suis ravi. J’ai toujours pensé que si un écrivain créait une situation suffisamment forte, les lecteurs pouvaient y trouver des choses qui auraient échappé à l’auteur. Je pense qu’on a plusieurs étiquettes. Max par exemple est juif. Il est aussi l’ami de Liesel. Il est pluriel et sans doute ces différentes étiquettes ont-elles à voir avec son identité. Il n’aurait pas connu Liesel s’il n’avait pas été juif. Il n’aurait pas donné naissance à toutes ces œuvres artistiques. Mais il n’aurait pas été non plus persécuté. Parfois les étiquettes dont on hérite sont le fruit du destin, mais elles peuvent aussi l’infléchir, en bien comme en mal.

Avez-vous un autre livre en préparation ?

Je suis au tout début d’un nouveau livre. C’est l’histoire d’un garçon qui va construire un immense pont. Je porte cette idée depuis une dizaine d’années et le moment est aujourd’hui venu pour moi de l’écrire. J’ai toujours pensé que tous mes autres livres me conduiraient à celui-ci. Puis La Voleuse de livres est arrivé et a changé la donne. J’ai tout mis dans La Voleuse de livres. C’est ce que j’ai fait de mieux. Maintenant je me demande si je serai capable de faire aussi bien. Je n’ai qu’un seul moyen pour le vérifier.

Magdalena Ball, The Compulsive Reader

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